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critique J Henrard 05 2005index.htmlindex.htmlRetrouvez ici quelques articles, critiques et avis sur notre travail...

L’imagination au pouvoir

Ce tout jeune artiste médaillé comme un général soviétique, dans tous les salons et concours de Belgique, est sans doute un représentant caractéristique d’une génération marquée par le monde de Magritte, appréciant tout autant la couleur que le dessin. Il apparaît comme un illustrateur de l’imaginaire. C’est tout un monde insolite qui éclate dans de splendides compositions poétiques où règnent un lyrisme quotidien et l’envie du voyage. D’emblée, l’illustrateur domine le peintre et Lefèbvre séduit surtout par son imagination débordante. Le bon dessinateur invente un univers de sortilèges et d’humour que l’aquarelle souligne avec toute sa légèreté. Il y a dans les enclos de son esprit une germination d’objets équivoques, de paysages absurdes et de natures mortes trop vivantes, le tout nappé d’encre de chine et de tristesse... L’artiste devrait encore séduire et étonner le futur par sa sensibilité. C’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Lucien RAMA (Spectacles, Juin 1985)

Un surréalisme nouveau

Vous connaissez la “valage du voyise” ? Non ? Alors, allez donc voir cette valise du voyage, ailée, éthérée, bleutée, que propose Eric Lefèbvre, parmi un paquet d’autres fantaisies qui emportent sur les ailes du rêve et de la poésie. Pourquoi - est-ce un bien, est-ce un tort ? - cet artiste hutois trentenaire n’est-il pas encore connu à Liège et ailleurs ? Des expositions de groupe n’ont pas envoyé son nom dans les azimuts. Celle-ci, la première à Liège, ne lui rapportera sans doute que la solitude. Tel est, en effet, le lot des vrais, des authentiques et des originaux. Qu’importe : Eric Lefèbvre, à condition qu’il persévère dans cette voie peu aisée, trop courue et banalisée, aura peut-être le mérité d’être un des rares à donner au surréalisme un ton, une couleur et un son nouveau ! Ce diable d’homme ouvre les fenêtres à l’imagination. Il est vrai qu’il n’en manque pas ! Ce ne sont pas des histoires qu’il conte, mais, plus subtil, il permet aux spectateurs, aux voyeurs, aux regardeurs, de devenir en quelque sorte visionnaires d’un univers dont il ne livre pas les clés, pour la simple raison que le spectateur doit les détenir ! Lefèbvre ne raconte rien : il montre des oiseaux, des marées, des horizons, des fleurs, des animaux, des puzzles inextricables d’une vie extrapolée dont les bribes se retrouvent par à-coups, s’imbriquent les uns dans les autres, se défont, se refont, s’éclatent. Les oeuvres d’Eric Lefèbvre sont comme un jeu de puzzle dont on ne viendrait pas à bout, non parce qu’il est trop complexe, mais parce qu’il ressemble trop à la vie : coup de vague, coup de lune, coup de jour et de nuit. Lefèbvre à ce grand mérite de ne rien expliquer, de fuir le commercial facile, d’être ce qu’il est : un artiste à part entière, à côté duquel on passera, comme de bien entendu. Ce qui est normal. Ce qui est bien : ainsi, ledit artiste se fera-t-il les dents en dehors d’un portefeuille trop vite garni. Il faut donc, au plus vite, aller rêver sur les oeuvres de cet Eric Lefèbvre qui, tout à coup, semble tomber de ces ciels bleus qu’il peint - non, non, pas du tout comme Magritte ! - qu’il peint comme Eric Lefèbvre ! A l’époque des quotidiennetés miséreuses, de la peinturlure à la commande, de l’absence d’imagination et de coeur, à une époque où l’étron a remplacé dans les musées l’huile ou l’aquarelle, voilà un jeune homme qui renoue avec les grandes traditions de qualité et d’authencité, à quoi il a le culot de mêler imagination, fantasmes et poésie. Eric Lefèbvre ? Dans trente ans, il sera sans doute connu. Ailleurs.

Jean JOUR (La Libre Belgique, Juin 1987)

Eric Lefèbvre succède à Paul Delvaux

A l’église Saint-Mengold, sur les cimaises encore toutes chaudes de la présence de Paul Delvaux, le Rotary Club de Huy nous propose l’oeuvre d’un des peintres hutois les plus marquants, Eric Lefèbvre. C’est la plus importante exposition jamais consacrée à cet artiste, dont la réputation a largement dépassé nos frontières. Alors que les surréalistes de tradition ne jurent que par le rêve jailli des profondeurs de l’inconscient, le jeune artiste hutois a la franchise de se proclamer rêveur parfaitement éveillé. Mais le jeu intellectuel se double heureusement, chez lui, d’une authentique poésie, traduite par un pinceau d’une exquise délicatesse. Prospectant les aquarelles dont nous régalent cette exposition, que les amateurs de symboles se mettent donc en chasse. Ils n’auront aucune peine à débusquer par exemple l’obsession du temps, matérialisée par la récurrence des horloges, le cercle indéfiniment recommencé des cadrans, semant leurs chiffres au rythme d’une déglingue inscrite dans les pierres des ruines antiques. Très courtoisement, à notre demande, l’artiste nous décryptera cet alphabet de signes, nous racontera de très jolies histoires où les bougies allumées sont autant d’amicales présences, où les arbres dénudés, sous la pulsion de sèves généreuses, se préparent à d’idylliques printemps. Mais si nous oubliions un instant de penser ? Si nous nous souvenions qu’Eric Lefèbvre n’est pas seulement une tête pleine d’idées charmantes, mais un poète de l’image et un pinceau délicat ?

Jacques HENRARD (Vers l’Avenir, Octobre 1997)

 

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